Il se peut que vous vous posiez la question de savoir est-ce qu’on peut faire la Omra avec des dettes. En effet, ce type de question revient souvent et les savants de l’islam y ont beaucoup répondu. Tout d’abord, il faut savoir qu’il n’y a pas une seule réponse mais plusieurs. En effet, cela va dépendre de plusieurs facteurs. Pour répondre, on doit savoir de quel type de dette il s’agit et aussi se renseigner sur la personne endettée. Une fois que l’on a réuni tous les éléments à prendre en compte, on pourra alors répondre aux différents cas.

Les divers types de personnes et de prêts pour déterminer ou non la possibilité de faire la Omra en étant endetté

Pour comprendre les tenants et aboutissants de cette problématique, il faut tout d’abord connaître :

  • La situation financière actuelle de la personne
  • La durée de ses dettes.

Prenons le cas de la dette à court terme. Imaginons que quelqu’un s’endette de 1000 euros pendant une année. Durant ce laps de temps, cette personne ne pourra pas partir. En effet, elle est tenue de rembourser d’abord. Sans cela elle causerait du tort à son créancier. Puis vient le cas de l’endettement sur le long terme. Par exemple, pour l’achat d’une voiture sur des années. Dans ce cas, vous êtes censé rembourser sous forme de mensualités sur une période déterminée à l’avance. Si vous êtes en mesure de verser chaque mensualité, alors vous pouvez partir à Mekka faire la Omra.

Deux types de dettes en islam

En Islam, les dettes se divisent généralement en deux types : la dette exigible et la dette différée. La dette exigible est celle qui doit être remboursée immédiatement selon l’accord. Elle peut être par exemple un prêt à court terme ou une facture arrivée à échéance. La dette différée, en revanche, est celle dont le remboursement est repoussé à une date ultérieure convenue entre le créancier et le débiteur. Dans tous les cas, les deux types sont soumis à la stricte obligation de remboursement.

Le cas de la dette exigible

La dette exigible, selon les juristes, est celle qui doit être remboursée dès que le créancier la demande. Il est donc permis d’exiger son paiement immédiatement et de porter l’affaire devant la justice en cas de litige. Elle s’oppose à la dette différée. Si la dette est déjà exigible et que le débiteur ne possède pas de quoi la régler, on doit donner la priorité au remboursement. Si cette dette est exigible immédiatement, il n’est pas permis de partir accomplir la Omra sans l’autorisation des créanciers. Ils ont le droit d’empêcher de partir, car leur droit est prioritaire. Il faut alors rester jusqu’au paiement.

Le cas de la dette différée

Si la dette est différée et que le débiteur est sûr de pouvoir la rembourser à l’échéance (ou que le créancier donne son accord), il est permis de partir à la Omra. Mais si le débiteur n’est pas sûr, il vaut mieux attendre. En revanche, si la dette est à terme ou qu’on est insolvable, il est permis de voyager pour la Omra, même sans leur autorisation. En effet, dans ce cas ils n’ont pas le droit d’empêcher de partir.

En Islam, peut-on aller à la Omra avec des dettes ?

Paroles de savants sur le fait de faire la Omra avec des dettes

Les savants de la Sunna expliquent que la dette est une lourde responsabilité et qu’elle engage le croyant envers autrui. En effet, elle entraîne des conséquences entre les gens lorsqu’elle n’est pas respectée. De fait, ne pas s’en acquitter contrevient aux droits des autres et à l’harmonie entre les musulmans. De plus, elle fait perdre la confiance donnée et c’est donc un véritable mal entre les gens. Voyons à présent les propos de plusieurs savants reconnus dans la Umma et ce qu’ils en disent.

Parole d’Ibn Al Uthaymin sur les dettes et le voyage au Haram

Il arriva que Uthaymin fut interrogé sur le fait de faire ou pas Omra avec des dettes. Le questionneur posa la question suivant :

« Je suis endetté envers plusieurs personnes. Puis-je aller à La Mecque pour y jeûner avec mes enfants, sachant que les frais de logement seront partagés entre moi et eux ? »

Ce à quoi, le cheikh répondit :

« Je pose une question : l’aumône volontaire est-elle meilleure ou la zakât obligatoire ? La zakât obligatoire. Le surérogatoire est-il meilleur ou l’obligatoire ? L’obligatoire. Est-il raisonnable de commencer par l’obligatoire ou par le surérogatoire ? Il convient de commencer par l’obligatoire avant le surérogatoire. Il n’est donc pas permis à une personne d’aller à La Mecque pour accomplir une Omra surérogatoire alors qu’elle est endettée. La dette doit impérativement être remboursée, alors que la ‘umra surérogatoire n’est pas obligatoire. Même l’obligation du pèlerinage tombe en cas de dette. »

Parole de l’imam An-Nawawi sur le cas de la personne solvable et insolvable

An-Nawawi a parlé du sujet de savoir si oui ou non on peut partir au Haram avec une dette. Il a dit à ce sujet :

« Nos compagnons ont dit : celui sur qui pèse une dette exigible et qui est solvable, le créancier est en droit de l’empêcher de partir pour le pèlerinage. Et même de le retenir jusqu’à ce qu’il s’acquitte de sa dette. S’il est déjà entré en état de sacralisation, il ne lui est pas permis de s’en dégager, comme cela a été mentionné précédemment. Mais il doit d’abord s’acquitter de sa dette puis poursuivre le pèlerinage. S’il est insolvable, il n’y a ni réclamation ni empêchement. Si la dette est à terme, il n’y a ni empêchement ni réclamation. Seulement, il est recommandé qu’il ne parte pas avant de désigner quelqu’un pour régler la dette à son échéance. »

[Al Majmou’].

Dialogue entre Al Albani et un questionneur sur le sujet de dettes et de la Omra

Le questionneur :

Ils m’ont dit : Si tu as de l’argent qui couvre le montant de la dette, ou si tu possèdes quelque chose que tu pourrais vendre pour la rembourser. Ou s’il y a quelqu’un qui peut payer à ta place, alors tu peux partir. Mais si tu n’as pas l’argent pour rembourser la dette et que personne ne peut payer pour toi, tu dois rester jusqu’à ce que tu rembourses. Et si tu veux partir alors que tu as une dette, tu dois demander l’autorisation à celui à qui tu dois de l’argent. S’il t’autorise, tu pars, sinon non.

Le shaykh :

Cette dernière réponse est la bonne, avec un certain détail. En effet, la question dépend du propriétaire de l’argent qui t’a prêté. Quant au détail : s’il y a entre toi et le créancier une échéance fixée pour le remboursement, et qu’il insiste pour que cette échéance soit respectée, alors il ne t’est pas permis de voyager pour la Omra. En revanche, s’il te dit : « Je n’ai aucun problème, même si l’échéance arrive pendant ton absence », alors dans ce cas il n’y a aucun empêchement à ce que tu accomplisses la Omra, même si tu as une dette. A condition que tu saches que tu seras capable de rembourser cette dette si Allah t’accorde un retour sain et sauf.

Quelques questions spécifiques à approfondir

Le sujet des dettes et de la Omra soulève de nombreux questionnements particuliers. De nombreux musulmans se posent des questions précises sur le sujet. Ces interrogations méritent des réponses claires et détaillées. C’est pourquoi, Omra Solo a voulu aborder ici certaines questions posées pour éclairer chaque situation avec précision et prudence.

Le cas de la personne qui se voit offrir un Omra alors qu’elle est endettée

Si une personne est endettée mais qu’une autre personne veut lui payer la Omra, qu’en est-il ? Dans ce cas, si son voyage pour effectuer la Omra ne l’empêche pas de travailler et de gagner de l’argent, qu’il y aille. En effet, dans ce cas il ne porte aucun préjudice à son créancier. Mais s’il a un travail et que son absence diminue ses revenus, qu’il n’y aille pas. Vient ensuite le cas de la personne qui n’a pas de travail. Si donc ce voyage ne lui fait rien perdre, alors il n’y a pas de mal à ce qu’il parte.

A-t’on le droit de prendre une avance sur le salaire pour partir au Haram ?

On a expliqué au cheikh Ibn Al Uthaymin que certaines personnes prennent une avance sur salaire auprès de leur entreprise. Elles veulent ainsi partir au Haram et rembourser ensuite par mensualités déduites de leur salaire. Le cheikh a répondu qu’à son avis ils ne devraient pas faire cela. Cela, car une personne n’est pas obligée d’accomplir le pèlerinage (ou la Omra) si elle a une dette. Alors, que dire s’il contracte un prêt pour l’effectuer ? Le cheikh a dit ensuite que la personne devrait au contraire accepter la concession accordée par Allah. Et donc, ne pas s’alourdir d’un prêt dont il ne sait pas s’il pourra le rembourser ou non.

[Majmou’ Fatawa as-Shaykh Ibn Uthaymin].

Le cas de la personne qui a fait un vœu (nadhr)

Il peut arriver qu’une personne est effectué un vœu pieux de faire la Omra alors qu’elle est endettée. Dans ce cas, une telle personne doit accomplir son vœu, car le vœu d’obéissance est obligatoire à honorer. Le vœu consiste à s’engager à accomplir un acte d’adoration ou une œuvre déterminée pour Allah, en se l’imposant. Il est une formule de l’Islam. Une fois formulé, il doit impérativement être honoré lorsqu’il porte sur un acte d’obéissance licite. Allah a loué les croyants qui respectent leurs engagements en disant  :

{ Ils accomplissent leurs vœux et redoutent un jour dont le mal sera étendu. }

[Sourate Al Insan, verset 7].

Aïcha, qu’Allah l’agrée, rapporte également du Prophète ﷺ :

« Celui qui fait un vœu d’obéir à Allah, qu’il Lui obéisse ; et celui qui fait un vœu de Lui désobéir, qu’il ne Lui désobéisse pas. »

[Rapporté par Al Bukhari].

La Omra est-elle incompatible avec les dettes ?

Faire la Omra avec des dettes n’annule pas le rite

Faire la Omra avec des dettes n’invalide pas l’adoration. D’un point de vue juridique, la validité de la Omra dépend du respect de ses piliers et de ses conditions. Si donc ils sont correctement accomplis, la dette n’a aucun effet sur leur validité. Cette idée répandue provient de ce que les personnes suggèrent de par leur propre compréhension loin des textes. En effet, rien n’indique cela dans l’islam. La présence d’une dette n’annule donc pas les actes cultuels. Cependant, l’Islam accorde une grande importance aux droits des créanciers. Avoir des dettes n’est pas un péché en soi. Seulement, les négliger ou partir en Omra sans intention claire de les rembourser pose un problème éthique. Les savants recommandent donc de s’assurer que la dette est acceptée par le créancier, différée ou planifiée.

Hadiths sur les dettes

En Islam, les dettes non remboursées constituent une affaire extrêmement grave, car elles relèvent des droits des créatures. Négliger le remboursement, malgré la capacité de le faire, est une injustice et un péché. Le musulman est donc tenu de s’endetter avec prudence, d’avoir une intention sincère de remboursement et de s’efforcer de s’acquitter de ses dettes avant sa mort. Voyons à présent quelques hadith au sujet des dettes en islam.

La gravité de la dette même pour le martyr

D’après ʿAbd Allah ibn ʿAmr ibn al-‘As, le Prophète ﷺ a dit :

« Le martyr voit tous ses péchés pardonnés, sauf la dette. »

[Rapporté par Muslim].

Ce hadith montre que la dette ne disparaît pas par le simple mérite. An-Nawawi a dit :

« Ce hadith prouve que les droits des créatures ne disparaissent pas par le martyre ni par d’autres actes d’adoration. Ils ne sont levés que par le remboursement ou le pardon du créancier. »

[Commentaire de Sahih Muslim].

Et Ibn Hajar Al ‘Asqalani a dit :

« Ce hadith montre la grande gravité de la dette : elle n’est pas effacée par le martyre, car elle repose sur l’exigence des droits des gens, contrairement aux droits d’Allah fondés sur la miséricorde. »

[Fath Al Bari].

Le Prophète ﷺ cherchait protection contre le fléau des dettes

D’après ‘Aïcha, qu’Allah l’agrée, le Prophète ﷺ invoquait Allah contre le fléau des dettes en disant :

« Ô Allah, je cherche refuge auprès de Toi contre le péché et contre la dette. »

[Rapporté par Al Bukhari et Muslim].

Lorsqu’on lui demanda pourquoi il associait dette et péché, il répondit :

« Lorsqu’un homme s’endette, il parle et ment, et il promet et ne tient pas. »

Le refus du Prophète ﷺ de prier sur une personne endettée

D’après Jabir ibn AbdilLah, qu’Allah l’agrée, on apporta au Prophète ﷺ un défunt afin qu’il prie sur lui. Il demanda :

« A-t-il une dette ? »

Ils dirent :

« Oui, deux dinars. »


Il dit :

« Priez sur votre compagnon. »

[Rapporté par Muslim].

La suspension de l’âme qui a des dettes

D’après Abu Hurayra, qu’Allah soit satisfait de lui, le Prophète ﷺ a dit :

« L’âme du croyant reste suspendue par sa dette jusqu’à ce qu’elle soit acquittée pour lui. »

[Rapporté par At-Tirmidhi, Ahmad et Ibn Majah].

Avoir l’intention de rembourser ses dettes

Toujours d’après lui, le Messager d’Allah ﷺ a dit concernant les dettes :

« Celui qui prend les biens des gens avec l’intention de les rendre, Allah les rendra pour lui ; et celui qui les prend avec l’intention de ne pas les rendre, Allah le fera périr. »

[Rapporté par Al Bukhari].